TERCLIM 2026 - Adapter la délimitation pour conserver la typicité des vins dans le contexte du changement climatique : exemple de l’appellation Côte Roannaise

Présentation de l’AOP « Côte Roannaise »Délimitation parcellaire de l'AOP "Côte roannaise"

Située dans le département de la Loire (France), sur le piémont des Monts de la Madeleine, l’AOP « Côte Roannaise » est reconnue pour ses vins rouges et rosés. 

Le cahier des charges précise l’aire parcellaire délimitée où doivent être produits les raisins. L’altitude est le principal critère de délimitation : elle est comprise entre 380 et 550 m dans le tracé actuel, et les expositions nord sont évitées. Les sols du secteur étant très homogènes, la pédologie n’est qu’un critère secondaire.

Contexte et problématique 

Les producteurs de l’appellation constatent que le changement climatique tend à altèrer la typicité de leurs vins, tous issus du « gamay Saint-Romain », auquel ils sont très attachés. Pour la préserver, ils ont demandé à l’INAO de réviser la délimitation parcellaire : une première en France pour s’adapter au climat. L’idée : monter en altitude pour compenser la maturité précoce et limiter les gels printaniers, plus fréquents en bas de coteau. Une commission d’experts a été nommée pour travailler dans ce sens.

 

Consulter la carte de l'aire parcellaire de l'AOP "Côte roannaise" (format PDF / 171ko)

Méthode et premiers résultats

Étude agroclimatique : quelle variation d’altitude possible de la délimitation actuelle en prenant en compte les modélisations du changement climatique ? 

Réalisée sur la période 1995-2024, avec évolution et perspectives à horizon 2050-2100 selon les scénarios RCP4.5 et RCP8.5, l’étude confirme les observations des vignerons :

 

Situation 1995-2024

Horizon 2029-2050

Horizon 2079-2100

Altitude 620m

Frais

Tempéré

Tempéré chaud

Mi-coteau

Frais à tempéré

Tempéré (limite haute avec RCP8.5)

Tempéré chaud (limite haute avec RCP8.5)

Plaine / bas de coteau

Tempéré

Tempéré (limite haute)

Tempéré chaud à chaud

 

Type de climat attendu (par rapport à l’indice de Huglin)
Les types favorables pour le gamay vont de frais à tempéré.

Modélisation de l’énergie reçue en fonction de la température et de l’exposition

L’énergie reçue par la vigne détermine la maturité du raisin. À partir du bilan énergétique du couvert viticole à un instant donné, la relation entre rayonnement et température de l’air au niveau de la vigne a été calculée.

Consulter le calcul détaillé (format PDF / 1449ko)

On peut ainsi calculer la quantité d’énergie solaire théorique reçue par la vigne sous la latitude de Roanne, au pas de temps horaire et pour chaque décade, de début juillet à fin septembre, pour des situations de pente et d’orientations différentes.

On en déduit l’altitude théorique de laquelle il faudrait déplacer la vigne pour une pente et une orientation donnée afin qu’elle reçoive en moyenne la même énergie solaire qu’un vignoble de même pente orienté au sud :

 

    SE (ou SW)    

     E (ou W)     

     NE (ou NW)     

     N     

   2,5%   

-2m

-8m

-14m

-16m

   5%   

-5m

-16m

-27m

-32m

   10%   

-9m

-32m

-54m

-63m

   15%   

-14m

-47m

-80m

-94m

   20%   

-18m

-62m

-106m

-124m

   50%   

-41m

-129m

-230m

-283m


Évolution d’altitude à envisager entre une exposition sud et une autre exposition de pente équivalente
 

Prise en compte des mesures de terrain pour adapter la modélisation et les choix de délimitation

Quatre capteurs ont été installés dans le vignoble, entre 390 et 620 m d’altitude pour enregistrer les températures sur un an. Les données seront disponibles à l’été 2026. Objectifs :

  • Analyser la variabilité locale de la température, et le risque de gel de printemps  selon l’altitude.
  • Déterminer de nouvelles limites d’altitude pour le vignoble, pertinentes pour quelques décennies.

Conclusion

En croisant l’ensemble de ces résultats, les experts détermineront de nouvelles limites d’altitude souhaitables pour l’implantation de la vigne en fonction de l’orientation et de la pente.

La méthode présentée pourrait être reproduite dans d’autres vignobles de moyenne montagne souhaitant adapter leur délimitation au changement climatique.